© Photomontage à partir d'une image de Franz Massard - stock.adobe.comSmic et salaires : dans le public comme dans le privé, des grilles qui ne suivent plus
Une nouvelle hausse du Smic pourrait intervenir dès décembre 2026. Si elle constitue une avancée pour les salariés les moins rémunérés, elle risque aussi d’accentuer le tassement des grilles salariales. Dans la fonction publique hospitalière comme dans les établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux privés, la question est la même : comment reconnaître les qualifications, l’expérience et les responsabilités lorsque les rémunérations se rapprochent du salaire minimum ?
Depuis le 1er juin 2026, le Smic s’établit à 1 867,02 € brut par mois pour un temps plein de 35 heures. Le gouvernement envisage désormais d’anticiper sa prochaine revalorisation au 1er décembre, éventuellement accompagnée d’un coup de pouce supplémentaire. À ce stade, aucune décision définitive n’a été annoncée.
Cette perspective remet en lumière une difficulté que connaissent depuis plusieurs années les professionnels de nos secteurs : les augmentations successives du Smic rattrapent progressivement les premiers niveaux des grilles salariales, sans que les autres échelons progressent nécessairement dans les mêmes proportions. La Fédération CFTC Santé Sociaux avait déjà soulevé cette question en rappelant la nécessité d’aller au-delà des seules revalorisations automatiques du Smic.
Fonction publique hospitalière : des ajustements déjà menacés
Le 2 octobre dernier, le ministre de l’Action et des Comptes publics annonçait son intention de relever de six points le minimum de traitement dans la fonction publique, à compter du 1er janvier 2027. Cette mesure devait permettre à près de 400 000 agents publics de sortir du dispositif de l’indemnité différentielle.
Pour mémoire, cette indemnité garantit aux agents dont le traitement indiciaire est inférieur au Smic un complément de rémunération permettant d’atteindre le minimum légal. Au 1er juin 2026, 862 000 agents des trois versants de la fonction publique étaient concernés, selon les chiffres du gouvernement.
Le dispositif protège les rémunérations les plus faibles, mais il ne règle pas la question des carrières. Un agent peut ainsi progresser dans les échelons sans bénéficier d’une augmentation réelle de son traitement, puisque son indemnité différentielle diminue à mesure que son indice augmente.
Dans les hôpitaux publics, les EHPAD et les établissements sociaux et médico-sociaux, cette situation interroge directement la reconnaissance de l’ancienneté, des qualifications et des responsabilités exercées.
Une nouvelle hausse du Smic pourrait ainsi rendre insuffisante la revalorisation annoncée avant même son application.
Pour la Fédération CFTC Santé Sociaux, la réponse ne peut se limiter à des ajustements ponctuels. Une révision durable des grilles indiciaires, accompagnée d’une revalorisation du point d’indice, reste indispensable pour redonner du sens aux déroulements de carrière. Une exigence d’autant plus importante que le gel annoncé du point d’indice en 2027 risque de prolonger la perte de pouvoir d’achat des agents hospitaliers.
Dans le privé, les conventions collectives confrontées au même problème
La difficulté est tout aussi présente dans le secteur privé, notamment dans les établissements et services sanitaires, sociaux et médico-sociaux.
Dans le secteur privé à but non lucratif, les conventions collectives de 1951 (CCN 51) et de 1966 (CCN 66) sont confrontées depuis plusieurs années au tassement de certains niveaux de rémunération. Des professionnels disposant de qualifications ou d’une expérience différentes peuvent ainsi se retrouver avec des salaires très proches. Notre analyse de l’évolution des rémunérations face à l’inflation depuis 2010 permet notamment de mesurer le décrochage entre les valeurs du point conventionnel et l’évolution des prix.
La branche de l’aide, de l’accompagnement, des soins et des services à domicile (BAD – IDCC 2941) connaît également cette difficulté. L’avenant n° 75/2026 du 24 mars 2026, agréé et étendu, prévoit notamment une majoration de onze points des coefficients conventionnels, afin de faire évoluer les rémunérations de la branche.
Les enjeux de classification et de progression salariale concernent aussi, selon les dispositions propres à chaque convention collective, l’hospitalisation privée, les établissements pour personnes âgées, les services à la personne ou encore les laboratoires de biologie médicale.
Lorsqu’un minimum conventionnel devient inférieur au Smic, l’employeur doit respecter le minimum légal applicable. Mais cette obligation n’entraîne pas automatiquement la revalorisation de l’ensemble de la grille salariale.
Le risque est alors de voir les écarts se réduire entre des salariés qui n’exercent pourtant pas les mêmes fonctions, ne possèdent pas les mêmes qualifications ou n’ont pas la même ancienneté.
Les salariés du particulier employeur et les assistants maternels relèvent, pour leur part, de dispositions conventionnelles spécifiques. Leurs minima conventionnels ont également été revalorisés en 2026. La reconnaissance des qualifications demeure un enjeu essentiel, au même titre que la sécurisation des parcours professionnels.
Pour les salariés du particulier employeur, la Fédération met également à disposition des simulateurs permettant de vérifier sa classification et son salaire minimum conventionnel.
Un salaire minimum ne doit pas devenir un plafond de carrière
La revalorisation du Smic est nécessaire pour soutenir le pouvoir d’achat des salariés les moins rémunérés. Elle ne peut cependant tenir lieu de politique salariale, ni dans la fonction publique ni dans les branches professionnelles du secteur privé.
À quoi bon acquérir de nouvelles compétences, obtenir un diplôme supplémentaire ou prendre davantage de responsabilités si les écarts de rémunération deviennent insignifiants ? Cette question se pose aujourd’hui à de nombreux professionnels de la santé, du social et du médico-social.
Pour la Fédération CFTC Santé Sociaux, les négociations doivent permettre de retrouver une véritable progression salariale tout au long de la carrière, en tenant compte des qualifications, de l’expérience, de la technicité et des responsabilités exercées.
Des revalorisations qui doivent être financées
Reste une difficulté majeure : celle du financement. Dans nos secteurs, de nombreux établissements et services dépendent des financements de l’Assurance maladie, de l’État ou des départements.
Les négociations salariales peuvent aboutir à des accords, mais leur mise en œuvre suppose que les employeurs disposent des moyens nécessaires. Sans financements suffisants et pérennes, les revalorisations risquent de rester limitées, retardées ou de peser sur les équilibres économiques des structures.
Il ne serait pas acceptable que les contraintes budgétaires conduisent à maintenir durablement des professionnels qualifiés au voisinage du salaire minimum, malgré plusieurs années de carrière.
Les difficultés de recrutement, la fidélisation des équipes et l’attractivité des métiers sont directement liées aux perspectives de rémunération. Il ne suffit pas de reconnaître les difficultés rencontrées par les professionnels : cette reconnaissance doit aussi se traduire sur leur fiche de paie.
Ces revendications sont également au cœur de la mobilisation fédérale du 5 novembre 2026 pour les salaires, le pouvoir d’achat et les moyens des établissements, dans le public comme dans le privé.
Le Smic doit garantir un minimum de rémunération. Il ne doit pas devenir l’horizon salarial de professionnels qui consacrent leur carrière à soigner, accompagner et prendre soin des autres.
C’est cette reconnaissance du travail, des qualifications et de l’expérience que la Fédération CFTC Santé Sociaux continuera de défendre, dans la fonction publique hospitalière comme dans les branches professionnelles du secteur privé. Une exigence qui s’inscrit pleinement dans les revendications portées par notre Fédération auprès des employeurs, des branches professionnelles et des pouvoirs publics.







Fédération CFTC Santé Sociaux
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