Une aide-soignante pose sa main sur l’épaule d’une personne âgée pour lui apporter soutien et réconfort.© sebra - stock.adobe.com

Vieillissement : faire du « prendre soin » un véritable choix de société

Le vieillissement de la population française transforme notre société. Au-delà des questions de financement de la dépendance et de capacités d’accueil, il impose une réflexion sur la prévention, la reconnaissance des professionnels, le soutien aux aidants et la liberté de choix des personnes âgées. Pour la Fédération CFTC Santé Sociaux, une véritable politique de l’autonomie doit placer la dignité humaine et la qualité de l’accompagnement au centre des décisions publiques.

Vieillissement et autonomie : le grand âge ne peut plus être une variable d’ajustement

La France vieillit. Cette transformation démographique n’est ni une surprise ni une crise passagère. Elle résulte de l’allongement de l’espérance de vie, de la baisse de la natalité et de l’avancée en âge des générations les plus nombreuses.

Selon les données de l’Insee, la France comptait près de 7,7 millions de personnes âgées de 75 ans ou plus au 1er janvier 2026, contre 6,6 millions en 2022. Cette progression devrait se poursuivre dans les prochaines décennies, avec des conséquences importantes pour les politiques de santé, de logement, de mobilité et de protection sociale.

Mais le vieillissement ne se résume pas à l’augmentation du nombre de personnes dépendantes. De nombreux seniors conservent longtemps leur autonomie, participent à la vie associative, soutiennent leur famille et contribuent à la vie économique et sociale. Les considérer uniquement sous l’angle de leurs besoins d’assistance reviendrait à ignorer cette diversité.

L’enjeu est néanmoins considérable. Dans une étude publiée en octobre 2025, l’Insee et la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) estiment que le nombre de personnes âgées de 60 ans ou plus en perte d’autonomie pourrait passer d’environ 2 millions en 2021 à près de 2,8 millions au début des années 2050. Il s’agit d’une projection fondée sur des hypothèses démographiques et sanitaires, et non d’une prévision certaine.

Ces chiffres révèlent surtout l’ampleur des transformations à anticiper. Les besoins d’accompagnement augmenteront, mais ils ne seront pas identiques selon les territoires, les niveaux de revenus, les parcours de santé ou les situations familiales.

Ils nous rappellent également que la dépendance de demain se prépare dès aujourd’hui. Les choix que nous faisons en matière de prévention, d’accès aux soins, de conditions de travail, de logement ou encore de lutte contre l’isolement auront des conséquences directes sur la manière dont la population vieillira.

Pour la CFTC, investir aujourd’hui dans la santé et la prévention, c’est donner à chacun davantage de chances de vieillir en bonne santé et de préserver son autonomie le plus longtemps possible. À l’inverse, les inégalités d’accès aux soins, les renoncements aux traitements ou l’insuffisance des politiques de prévention risquent d’accentuer les situations de fragilité et les besoins d’accompagnement dans les années à venir.

Des réalités territoriales contrastées

Dans certains territoires ruraux, l’éloignement des services et les difficultés de déplacement compliquent déjà l’accès aux soins. Dans les zones urbaines, l’isolement peut se développer malgré la proximité géographique des équipements. Partout, le coût du logement, les ressources financières et la disponibilité des professionnels influencent les possibilités de vieillir dans de bonnes conditions.

La question n’est donc pas seulement de savoir comment financer davantage de prestations. Elle est de déterminer dans quelle société nous voulons vieillir.

Pendant longtemps, l’action publique a essentiellement cherché à répondre à la dépendance lorsqu’elle était déjà installée : financer des établissements, développer l’aide à domicile ou compenser les conséquences d’une perte d’autonomie.

Ces réponses demeurent indispensables. Mais elles ne peuvent constituer l’unique horizon des politiques du grand âge.

Une véritable politique de l’autonomie doit également agir sur ce qui permet de préserver les capacités, de maintenir les liens sociaux et de retarder les situations de fragilité. Elle doit aussi garantir un accompagnement digne lorsque la dépendance ne peut plus être évitée.

Prévenir plutôt que subir : faire de l’autonomie un investissement collectif

La perte d’autonomie n’est pas toujours la conséquence d’un événement brutal. Elle peut résulter de difficultés successives qui finissent par se renforcer.

Une chute entraîne parfois une diminution de la mobilité. Celle-ci réduit les sorties, fragilise les relations sociales et favorise le repli sur soi. Une alimentation déséquilibrée ou insuffisante, des difficultés d’accès aux soins ou encore un logement qui ne répond plus aux besoins de la personne peuvent progressivement accentuer sa fragilité et accélérer la perte d’autonomie.

Cette évolution n’est pas systématique. Elle rappelle néanmoins que des interventions suffisamment précoces peuvent modifier les parcours de vie.

Les chutes constituent à cet égard un enjeu majeur. D’après Santé publique France, dans un bilan publié en mars 2026, 174 824 hospitalisations en lien avec une chute ont été enregistrées en 2024 chez les personnes de 65 ans ou plus. Ces événements peuvent avoir des conséquences durables sur la mobilité, la confiance en soi et les possibilités de maintien à domicile.

Agir sur le logement, le cadre de vie et l’accès aux dispositifs

Installer une douche accessible, améliorer l’éclairage, sécuriser un escalier ou supprimer des obstacles à la circulation peut contribuer à réduire certains risques. Mais la prévention ne se limite pas à l’adaptation matérielle du logement.

Elle concerne également l’activité physique, la nutrition, la santé mentale, l’accès aux soins, la lutte contre l’isolement et le maintien d’une vie sociale.

Une personne qui ne peut plus accéder facilement aux commerces, aux transports ou aux activités associatives peut progressivement voir son autonomie diminuer, même lorsque son état de santé reste relativement stable.

C’est pourquoi prévenir la perte d’autonomie relève autant de la politique de santé que de l’aménagement du territoire et de la cohésion sociale.

Les collectivités territoriales, les professionnels de santé, les associations, les organismes de protection sociale, les caisses de retraite, les mutuelles et les institutions de prévoyance disposent chacun de moyens d’action.

Leur intervention peut prendre différentes formes : ateliers de prévention, soutien à l’adaptation du logement, repérage des fragilités, accompagnement des personnes isolées ou information sur les droits.

Mais encore faut-il que ces dispositifs soient connus, accessibles et complémentaires.

Aujourd’hui, la multiplicité des organismes et des démarches peut constituer un véritable obstacle pour les personnes âgées et leurs proches. Identifier le bon interlocuteur, comprendre les conditions d’attribution d’une aide ou coordonner plusieurs interventions demande parfois une énergie considérable, précisément au moment où les personnes concernées ont le plus besoin d’être accompagnées.

Une personne âgée ne devrait pas avoir à connaître l’organisation administrative de notre système de protection sociale pour bénéficier des aides auxquelles elle peut prétendre.

L’enjeu est donc de faciliter l’accès aux dispositifs à travers un point d’entrée clairement identifié, capable d’informer, d’orienter et, lorsque cela est nécessaire, d’accompagner les démarches jusqu’à leur aboutissement.

Cette ambition rejoint celle du service public départemental de l’autonomie (SPDA), dont le déploiement vise à améliorer la coopération entre les conseils départementaux, les agences régionales de santé, les organismes de protection sociale et les acteurs de proximité.

Il ne s’agit pas nécessairement de créer un guichet supplémentaire, mais de garantir que chaque porte d’entrée permette d’accéder à la bonne réponse, sans multiplier les renvois d’un service à l’autre. L’efficacité de ces démarches dépend toutefois de leur articulation. Une succession de dispositifs sans coordination peut devenir illisible pour les personnes concernées.

Cette coordination doit également permettre d’agir plus tôt, avant que les difficultés ne s’aggravent. 

Il faut, à cet égard, reconnaître le rôle déterminant des professionnels de proximité. Une aide à domicile qui constate une difficulté nouvelle pour se déplacer, un infirmier qui repère une dénutrition ou un travailleur social qui identifie une situation d’isolement disposent d’informations précieuses pour prévenir une aggravation.

Encore faut-il que les organisations leur donnent le temps nécessaire à cette observation, mais aussi les moyens de transmettre leurs constats et de mobiliser les interlocuteurs compétents, dans le respect des droits et du consentement des personnes accompagnées.

La Haute Autorité de santé a d’ailleurs consacré des outils au repérage des risques de perte d’autonomie à domicile, soulignant l’intérêt d’identifier précocement les changements dans la situation des personnes âgées.

Repérer une fragilité ne suffit pas si aucune réponse concrète ne peut ensuite être apportée. La prévention suppose donc une véritable continuité entre l’identification des besoins, l’accès aux droits et la mise en place des accompagnements adaptés.

Cette exigence implique une coopération effective entre les institutions, mais également des moyens humains suffisants et des services disponibles sur l’ensemble des territoires. Un guichet unique, aussi efficace soit-il, ne peut compenser à lui seul l’absence de professionnels ou l’insuffisance des solutions proposées.

La prévention ne doit cependant pas être présentée comme une simple méthode permettant de réduire les dépenses publiques.

Son objectif premier est de préserver la qualité de vie, les capacités de décision et la participation sociale des personnes.

Retarder une perte d’autonomie peut également limiter certains coûts collectifs. Mais cette conséquence économique ne saurait remplacer la finalité humaine de l’action.

Pour la Fédération CFTC Santé Sociaux, cette approche rejoint une conviction déjà exprimée en matière de santé au travail : la prévention doit être considérée comme un investissement, et non comme une charge à réduire.

Les métiers du « prendre soin » : reconnaître celles et ceux qui rendent l’autonomie possible

Aucune politique du vieillissement ne peut réussir sans les professionnels qui accompagnent quotidiennement les personnes âgées.

Aides à domicile, aides-soignants, accompagnants éducatifs et sociaux, infirmiers, ergothérapeutes, psychologues, assistants sociaux et personnels des établissements médico-sociaux participent à la continuité des parcours de vie.

Leur travail est parfois présenté comme une succession de gestes techniques. Pourtant, sa dimension relationnelle est essentielle.

Accompagner une personne dans sa toilette suppose de respecter son intimité, d’adapter les gestes à ses capacités et de préserver sa dignité. Préparer un repas peut être l’occasion de repérer une perte d’appétit. Une conversation peut révéler une inquiétude ou une situation d’isolement.

Ces compétences d’observation, d’écoute et d’adaptation sont essentielles à l’exercice de ces métiers, mais demeurent encore trop souvent sous-estimées et insuffisamment reconnues. Elles constituent de véritables compétences professionnelles, qui ne sauraient être réduites à de simples qualités personnelles.

Prendre soin est un travail qualifié, qui exige des connaissances, du discernement et une capacité à intervenir dans des situations humaines parfois complexes.

Or les conditions d’organisation du travail ne permettent pas toujours aux professionnels d’exercer pleinement ces compétences.

L’aide à domicile, révélatrice des difficultés du secteur

Cette difficulté apparaît particulièrement dans l’aide à domicile. Une étude de la DREES publiée le 21 octobre 2026, à partir de données recueillies en 2023, apporte un éclairage important.

En France, hors Mayotte, 466 000 personnes exerçaient alors comme aides à domicile dans leur emploi principal. Parmi elles, 94 % étaient des femmes et 74 % travaillaient à temps partiel.

L’étude met également en évidence une pénibilité physique importante : 83 % des aides à domicile déclaraient effectuer des mouvements douloureux ou fatigants, contre 44 % de l’ensemble des salariés étudiés.

Cette exposition aux contraintes physiques doit également être rapprochée de la sinistralité liée aux accidents du travail et aux maladies professionnelles (AT/MP) dans les activités d’aide et de soins. Les manutentions de personnes, les postures contraignantes, les déplacements répétés et les situations de travail insuffisamment adaptées constituent autant de facteurs de risques professionnels.

Les données de la Direction des risques professionnels de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (CNAM) complètent ce constat en documentant les accidents du travail et les maladies professionnelles reconnus, notamment les troubles musculo-squelettiques (TMS).

Derrière ces indicateurs se trouvent des professionnels dont la santé peut être durablement affectée par leurs conditions de travail. La prévention ne peut donc se limiter à des recommandations individuelles sur les gestes et postures. Elle doit aussi porter sur les effectifs, les équipements, l’organisation des interventions et le temps réellement nécessaire à un accompagnement de qualité.

Ces résultats ne signifient pas que les professionnelles ne trouvent plus de sens à leur métier. Au contraire, 74 % des aides à domicile interrogées déclaraient avoir toujours le sentiment d’effectuer un travail utile aux autres.

Ils montrent que l’utilité ressentie du travail ne suffit pas à garantir sa soutenabilité. Dans la même étude, seules 39 % des aides à domicile déclaraient se sentir capables d’exercer le même travail jusqu’à la retraite.

La question de l’attractivité ne peut donc être abordée uniquement sous l’angle du recrutement.

Il faut aussi permettre aux professionnels déjà en poste de conserver leur santé, de développer leurs compétences et d’envisager une carrière durable.

Cela suppose d’agir sur les rémunérations, les déplacements professionnels, les horaires fragmentés, les temps partiels subis, les contraintes physiques et la prévention des risques professionnels.

Quand l’organisation empêche de bien travailler

La situation des établissements appelle la même vigilance. Lorsque les effectifs sont insuffisants, que les remplacements deviennent difficiles ou que les besoins des résidents augmentent, les équipes doivent multiplier les arbitrages.

Les gestes indispensables sont assurés en priorité. Le temps consacré à la relation, à l’explication ou à l’accompagnement individualisé risque alors de se réduire.

Ce phénomène de travail empêché constitue un problème majeur. Il peut conduire les professionnels à ne plus pouvoir exercer leur métier conformément aux exigences de qualité qu’ils reconnaissent eux-mêmes.

La prévention des risques psychosociaux et des risques organisationnels doit donc trouver toute sa place dans les politiques du grand âge.

Il ne peut y avoir de qualité durable de l’accompagnement lorsque les conditions de travail fragilisent durablement la santé des professionnels.

Les besoins futurs rendent cette question encore plus pressante.

Selon une projection de la DREES publiée en février 2026, entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires pourraient être nécessaires à l’horizon 2050 pour accompagner les personnes âgées en perte d’autonomie, selon les hypothèses d’évolution de l’offre.

Ces chiffres ne correspondent pas à des postes actuellement vacants. Ils illustrent l’ampleur des besoins futurs si la société entend apporter un accompagnement adapté au vieillissement de la population.

Former davantage de professionnels sera nécessaire. Mais cela ne suffira pas si les métiers demeurent difficiles à exercer durablement.

Pour la Fédération CFTC Santé Sociaux, reconnaître les métiers du « prendre soin » implique de lier revalorisation professionnelle, qualité du dialogue social, formation continue et prévention primaire des risques.

C’est également reconnaître que le temps consacré à la relation humaine constitue une composante réelle du travail, et non un supplément facultatif.

Les aidants : soutenir une solidarité quotidienne sans la transformer en obligation

Le maintien à domicile repose souvent sur une articulation entre professionnels et proches aidants.

Un conjoint, un enfant, un parent ou un ami peut accompagner une personne dans ses déplacements, ses démarches administratives, ses rendez-vous médicaux ou les activités de la vie quotidienne. Cette présence est précieuse. Elle permet de préserver les habitudes, les liens affectifs et une connaissance intime des besoins de la personne accompagnée. Mais elle peut aussi devenir une responsabilité particulièrement lourde.

Une étude de la DREES publiée le 24 juin 2026 estime qu’en 2022, 5,3 millions de personnes âgées de 16 ans ou plus apportaient régulièrement une aide à la vie quotidienne à une personne vivant à domicile, en raison de problèmes de santé, d’un handicap ou de l’avancée en âge, en France métropolitaine. Ce chiffre correspond au périmètre précis de l’enquête et ne couvre pas toutes les formes possibles d’aide.

L’étude souligne également une intensification de l’accompagnement pour une partie des aidants.

Cette évolution soulève plusieurs questions. Comment préserver la santé des personnes qui accompagnent un proche pendant plusieurs années ? Comment concilier emploi, vie familiale et responsabilités d’aidant ? Comment garantir des périodes de repos sans culpabilité ?

L’engagement d’un aidant commence souvent progressivement. Une aide ponctuelle pour les courses ou les rendez-vous médicaux peut devenir une présence quotidienne. Les nuits sont parfois interrompues, les démarches administratives se multiplient et les responsabilités s’accumulent.

Cette situation peut entraîner fatigue, isolement, difficultés financières ou renoncements professionnels.

Il serait pourtant inexact de considérer que tous les aidants vivent ces situations de la même manière. Leurs besoins dépendent du degré d’autonomie du proche, de la disponibilité d’autres soutiens et de leurs propres conditions de vie.

Une politique efficace doit précisément tenir compte de cette diversité.

Des solutions de répit à rendre accessibles

Les dispositifs de répit, l’accueil de jour, l’hébergement temporaire, les plateformes d’accompagnement et les possibilités d’écoute constituent des réponses importantes.

Encore faut-il que les personnes concernées en connaissent l’existence, puissent y accéder et disposent d’une offre réellement disponible à proximité.

La simplification de l’accès aux droits doit également devenir une priorité. Les aidants ne devraient pas découvrir les possibilités d’accompagnement uniquement au moment d’une hospitalisation ou d’une situation d’épuisement.

Leur expérience mérite d’être prise en considération dans la construction des parcours. Mais cette participation doit toujours respecter les choix, les droits et la volonté de la personne accompagnée.

Soutenir les aidants ne signifie pas leur transférer des responsabilités qui devraient relever d’un accompagnement professionnel.

La solidarité familiale est indispensable. Elle ne peut cependant constituer une réponse implicite au manque de moyens humains ou à l’insuffisance des services disponibles.

Reconnaître les aidants, c’est leur permettre de poursuivre leur engagement lorsqu’ils le souhaitent, sans compromettre leur propre santé, leur emploi ou leur vie personnelle.

Construire une société de l’autonomie : garantir le choix et organiser la solidarité

La volonté de rester à domicile occupe une place importante dans les réflexions sur le vieillissement.

Elle traduit le souhait de conserver son cadre de vie, ses habitudes, ses relations et sa liberté d’organisation.

Mais le maintien à domicile ne doit pas devenir une orientation imposée, notamment pour des considérations budgétaires.

Il n’est réellement souhaitable que lorsqu’il correspond au choix de la personne et que les conditions nécessaires à sa sécurité et à sa qualité de vie sont réunies.

À l’inverse, l’entrée en établissement ne doit pas être vécue comme l’échec d’un parcours.

Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), les résidences autonomie, l’habitat inclusif et les autres solutions intermédiaires répondent à des besoins différents.

Une politique du grand âge doit permettre cette diversité et garantir des possibilités d’évolution lorsque la situation personnelle change.

Cette approche rejoint les propositions consacrées au grand âge par la CFTC, qui placent le libre choix de la personne âgée tout au long de son parcours parmi les principes essentiels d’une transformation du modèle d’accompagnement.

Le véritable enjeu n’est pas d’opposer le domicile à l’établissement. Il est de garantir une réponse adaptée, accessible et digne dans chacune de ces situations.

Cette liberté dépend toutefois de conditions concrètes : l’existence de services de proximité, la disponibilité des professionnels, le coût restant à la charge des personnes, la qualité de l’accompagnement et la capacité des institutions à organiser les transitions.

Une personne peut souhaiter rester chez elle sans disposer d’une offre d’aide suffisante. Une autre peut avoir besoin d’un établissement, mais se heurter à des difficultés financières ou à l’absence de place adaptée.

Dans ces circonstances, le libre choix risque de devenir un principe théorique.

Financer, coordonner et garantir le libre choix

La question du financement est donc incontournable. Elle doit être abordée en même temps que celle de la qualité des prestations, de l’égalité territoriale et des conditions de travail.

Le développement d’une cinquième branche de la Sécurité sociale consacrée à l’autonomie constitue une étape institutionnelle importante. Il ne dispense pas de définir les moyens nécessaires pour répondre à l’évolution des besoins.

La coordination des acteurs représente un autre chantier déterminant.

Entre les départements, les agences régionales de santé, l’Assurance maladie, les caisses de retraite, les organismes complémentaires, les établissements et les services d’aide à domicile, les responsabilités demeurent réparties entre de nombreux intervenants.

Pour les personnes âgées et leurs proches, cette organisation peut se traduire par une succession de démarches et d’interlocuteurs.

La mise en place du service public départemental de l’autonomie (SPDA), engagée à compter de 2025 dans le cadre de la loi du 8 avril 2024 portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir et de l’autonomie, vise précisément à améliorer l’accueil, l’orientation et la coordination des réponses. La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) en souligne l’importance dans son bilan publié en juin 2026.

Cette évolution est utile, mais sa réussite dépendra de la mise en œuvre effective dans les territoires.

Une meilleure coordination administrative ne saurait, à elle seule, compenser l’absence de professionnels, des délais excessifs ou des difficultés d’accès aux prestations.

Le numérique ne remplace pas la relation humaine

Le numérique peut également faciliter certains parcours : téléassistance, télémédecine, outils de coordination ou dispositifs de suivi.

Il doit toutefois demeurer un soutien à l’accompagnement, jamais un prétexte pour réduire la présence humaine.

Une technologie peut faciliter une alerte ou une transmission d’information. Elle ne remplace ni l’observation d’un professionnel ni la relation de confiance qui permet à une personne âgée d’exprimer ses besoins.

La modernisation de l’accompagnement doit libérer du temps pour les personnes, et non transformer la relation humaine en variable d’ajustement.

Cette transformation suppose enfin de donner une place réelle aux personnes concernées dans les décisions.

Les personnes âgées ne sont pas uniquement des bénéficiaires de prestations. Elles demeurent des citoyens, avec des droits, des préférences et des capacités de décision qui doivent être respectés.

Leur participation, celle de leurs proches lorsqu’elle est appropriée, ainsi que l’expression des professionnels et des représentants du personnel, doivent contribuer à l’évaluation des politiques publiques.

La qualité d’une politique de l’autonomie ne peut pas se mesurer seulement au nombre de dispositifs créés ou aux crédits engagés. Elle doit également s’apprécier à partir de l’accès effectif aux droits, de la continuité des accompagnements, de la prévention des ruptures et des conditions dans lesquelles les professionnels exercent leur métier.

Faire du « prendre soin » une responsabilité collective

Le vieillissement engage une transformation profonde de notre modèle social.

Il nous oblige à dépasser une approche exclusivement centrée sur la dépendance pour construire une politique qui protège l’autonomie, accompagne les fragilités et respecte les choix des personnes.

Cette politique ne pourra reposer sur les seuls établissements, les seuls services d’aide à domicile ou les seules solidarités familiales.

Elle nécessitera une action cohérente entre les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les organismes de protection sociale, les associations, les partenaires sociaux et les professionnels.

Pour la Fédération CFTC Santé Sociaux, la réponse au vieillissement doit articuler trois exigences indissociables : la dignité des personnes accompagnées, la reconnaissance des professionnels et la solidarité envers les proches aidants.

Ces exigences ne peuvent être traitées séparément.

Une personne âgée ne bénéficie pas d’un accompagnement satisfaisant lorsque les professionnels disposent de moyens insuffisants pour exercer correctement leur métier. Un aidant ne peut durablement soutenir son proche lorsqu’il ne dispose d’aucune possibilité de répit. Et les meilleures politiques de prévention resteront limitées si elles ne s’accompagnent pas d’une offre de soins et d’accompagnement accessible.

Le « prendre soin » ne se réduit donc pas à une simple prestation. Il exige des compétences, du temps, une organisation adaptée et des moyens durables.

Il suppose également de reconnaître que le soin commence avant la maladie, que la prévention intervient avant la dépendance et que l’accompagnement ne se résume jamais à l’exécution d’un geste.

Faire du « prendre soin » un véritable choix de société, c’est finalement refuser que l’avancée en âge conduise à une diminution des droits, de la liberté ou de la dignité.

C’est choisir une société capable de protéger les plus fragiles sans oublier celles et ceux qui les accompagnent. Et c’est donner un contenu concret à notre conception de la solidarité : permettre à chacun de vieillir dans la dignité, avec la possibilité de rester acteur de sa propre vie.


Sources et pour aller plus loin

Insee

  • Population au 1er janvier – Ensemble – 75 ans et plus – France, série statistique publiée le 13 janvier 2026 ; donnée 2026 provisoire. Consulter la série.
  • 700 000 seniors en perte d’autonomie supplémentaires d’ici 2050, Insee Première n° 2078, octobre 2025 ; données de référence 2021 et projections jusqu’en 2070. Consulter l’étude.

DREES

  • Soutien à l’autonomie des personnes âgées : entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires seraient nécessaires en 2050, Études et Résultats n° 1365, 5 février 2026. Consulter l’étude.
  • Aides à domicile : une profession confrontée à des conditions de travail difficiles en 2023, Études et Résultats n° 1392, 21 octobre 2026 ; enquête portant sur 2023. Consulter l’étude.
  • Le nombre de proches aidants à la vie quotidienne baisse de 6 % entre 2008 et 2022, et l’aide apportée s’intensifie, Études et Résultats n° 1377, 24 juin 2026. Consulter l’étude.

 

Santé publique France / Haute Autorité de santé

  • Hospitalisations et mortalité en lien avec une chute chez les personnes de 65 ans et plus en France. Données 2015-2024, 12 mars 2026, actualisé le 16 mars 2026. Consulter les résultats.
  • Repérage des risques de perte d’autonomie ou de son aggravation pour les personnes âgées – Volet domicile, recommandations et outils de 2016. Consulter les recommandations.

 

CNSA

2025, une année de consolidation de la branche Autonomie, 30 juin 2026 ; bilan de l’organisation territoriale, de la prévention et du soutien aux aidants. Consulter le bilan.

 

CFTC

Grand Âge : Quelles réponses apporter aux défis d’aujourd’hui et de demain ? contribution CFTC de mars 2021 relayée le 25 avril 2022 ; principes de libre choix, de dignité et d’adaptation de la société au vieillissement. Consulter les propositions.