Professionnel de santé fatigué en horaires atypiques, illustrant les effets du travail décalé et des longues journées sur la santé ©Elnur / Stock.adobe.com

Horaires atypiques et santé : l’Anses appelle à renforcer la prévention

Les horaires atypiques et leurs effets sur la santé font partie des enjeux majeurs de prévention pour de nombreux professionnels de la santé, du social et du médico-social : travail le week-end, prises de poste très matinales, horaires du soir, journées longues, horaires fractionnés ou encore travail posté. Dans un avis publié en septembre 2026, à la suite d’une saisine de la CFTC engagée dès 2011, l’Anses appelle à mieux reconnaître, encadrer et prévenir les effets de ces organisations du travail sur la santé et la vie sociale et familiale.

La question des horaires atypiques et de la santé revêt une importance particulière dans nos secteurs. Pour la Fédération CFTC Santé Sociaux, cet avis doit désormais conduire à des mesures concrètes de prévention dans les établissements, les services, les branches professionnelles et la fonction publique hospitalière.

Horaires atypiques et santé : les points importants à retenir

L’Anses estime que, selon les scénarios retenus, entre 55,74 % et 76,22 % des actifs occupés sont exposés à au moins une forme d’horaire atypique étudiée. Cette fourchette dépend des critères retenus pour définir notamment le travail le week-end et les horaires longs. Elle ne correspond pas à une incertitude statistique.

L’Agence distingue principalement :

  • les horaires longs, au-delà de 8 heures par jour ou 40 heures par semaine ;
  • le travail le week-end ;
  • les horaires décalés, notamment entre 5 heures et 8 heures le matin et entre 19 heures et minuit le soir.

La notion d’horaires atypiques n’est pourtant toujours pas reconnue comme une catégorie juridique générale en droit français ou européen.

Les effets les mieux documentés concernent les horaires longs. Les données scientifiques montrent des effets néfastes sur les maladies cardiovasculaires, l’anxiété et le sommeil. Elles suggèrent aussi des effets sur la santé reproductive, la santé métabolique, le risque de dépression, la vie socio-familiale et les accidents du travail.

Pour les horaires longs, les données analysées mettent également en évidence une augmentation du risque d’accident du travail pouvant aller d’un facteur de 1,3 à 2 selon les études. Certaines identifient aussi une augmentation des erreurs médicales et du risque d’accident de la route après de longues périodes de travail.

Horaires atypiques et santé : une saisine portée par la CFTC depuis 2011

La CFTC a saisi l’Anses le 22 mars 2011 afin d’évaluer les risques sanitaires liés aux horaires atypiques de travail.

Une première réponse avait été apportée en 2016 sur le travail de nuit. Ce sujet avait déjà conduit la CFTC à alerter sur les conséquences sanitaires de cette organisation du travail. Retrouvez notre article « Le travail de nuit nuit à la santé ». Le nouvel avis publié en 2026 complète cette démarche en examinant les autres formes d’horaires atypiques.

Cette continuité est importante. Elle montre que la question ne se limite pas au seul travail de nuit. Le positionnement du travail dans la journée ou dans la semaine, la durée des postes, leur répétition et leur cumul au cours de la carrière peuvent eux aussi constituer des déterminants de santé.

Horaires atypiques : nos secteurs particulièrement concernés

Dans les secteurs sanitaire, social et médico-social, les horaires atypiques sont structurels.

La continuité des soins et de l’accompagnement impose souvent des organisations en équipes, le travail le samedi ou le dimanche, des prises de poste tôt le matin, des fins de journée tardives ou encore des journées longues.

Dans les établissements sanitaires, les EHPAD, les établissements sociaux et médico-sociaux, les services à domicile ou encore les structures de protection de l’enfance, les salariés et agents peuvent cumuler plusieurs contraintes.

Une même personne peut ainsi travailler tôt le matin, certains week-ends, sur des journées de dix ou douze heures, tout en étant exposée à des contraintes physiques, à des manutentions, à une forte charge émotionnelle, à des risques psychosociaux ou à une exigence élevée de vigilance.

C’est précisément ce cumul que l’Anses demande désormais de mieux prendre en compte.

Ces contraintes rejoignent plus largement les problématiques déjà identifiées dans nos secteurs en matière de risques psychosociaux. Retrouvez également notre article « Risques psychosociaux : une urgence pour les professionnels du sanitaire et du social ».

Horaires longs et santé : les journées de 10 ou 12 heures à évaluer avec prudence

Les organisations en postes longs sont très répandues dans nos établissements.

Elles peuvent être appréciées par certains professionnels car elles permettent de regrouper le temps de travail sur un nombre réduit de jours. Mais cette préférence ne suffit pas à neutraliser les effets sanitaires potentiels.

Le lien entre horaires atypiques et santé est particulièrement documenté pour les journées longues. Les horaires longs sont ceux pour lesquels les connaissances scientifiques sont aujourd’hui les plus robustes.

Ils sont associés à des maladies cardiovasculaires, à des troubles du sommeil et à davantage d’anxiété. Une augmentation du risque de dépression apparaît, dans les études, notamment pour des semaines de plus de 55 heures.

La question ne doit donc pas seulement être : « les salariés souhaitent-ils travailler en 12 heures ? »

Elle doit aussi être : « dans quelles conditions travaillent-ils pendant ces 12 heures ? »

Le nombre de postes consécutifs, la charge réelle de travail, la récupération, les temps de pause, les effectifs, l’âge, les contraintes physiques et mentales et la possibilité de sortir de cette organisation doivent être réellement évalués.

Pour la Fédération CFTC Santé Sociaux, une organisation juridiquement possible n’est pas automatiquement une organisation protectrice de la santé.

Horaires décalés et santé : les prises de poste matinales encore trop banalisées

Dans de nombreux établissements, les journées commencent à 5 heures, 6 heures ou 6 h 30.

Ces horaires ne relèvent pas nécessairement du travail de nuit au sens juridique.

Ils ne sont pourtant pas neutres pour la santé.

Les effets des horaires atypiques sur la santé ne concernent pas uniquement le travail de nuit. L’Anses souligne que les horaires décalés du matin sont associés à une altération de la durée et de la qualité du sommeil. La littérature suggère également des effets sur la santé mentale et cardiovasculaire.

Dans nos métiers, cette question doit être intégrée pleinement à l’évaluation des risques.

Une prise de poste à 6 heures implique souvent un réveil plusieurs heures auparavant, auquel s’ajoutent les temps de trajet. La durée réelle de récupération doit donc être examinée au-delà de la seule heure officielle de début du poste.

Travail le week-end et santé : une contrainte qui ne doit pas être banalisée

Le travail le samedi et le dimanche est incontournable dans de nombreux établissements et services.

Mais nécessaire ne signifie pas sans risque.

Les études analysées montrent des effets néfastes du travail le week-end sur l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle.

Elles suggèrent également des effets sur la santé mentale, notamment la dépression et l’anxiété, ainsi que sur le sommeil, la fatigue, les douleurs, les troubles musculosquelettiques et les accidents du travail.

Cette dimension doit particulièrement nous interpeller dans les métiers du soin et de l’accompagnement.

Les professionnels assurent la continuité du service pendant que leur environnement familial et social fonctionne selon des rythmes différents. À long terme, cette désynchronisation sociale peut peser sur la santé mais aussi sur la vie familiale et sociale.

Dans l’aide à domicile, les horaires fractionnés doivent être mieux reconnus

Le secteur de l’aide et de l’accompagnement à domicile présente des contraintes spécifiques.

Une salariée ou un salarié peut commencer tôt le matin, effectuer plusieurs interventions, connaître une longue coupure en milieu de journée, puis reprendre en fin d’après-midi ou en soirée.

Le temps de travail effectif peut sembler modéré alors que l’amplitude réelle de la journée est très importante.

Pour la Fédération CFTC Santé Sociaux, l’avis de l’Anses renforce la nécessité de mieux prendre en compte :

  • l’amplitude réelle des journées ;
  • le nombre et la durée des coupures ;
  • les déplacements entre interventions ;
  • la prévisibilité des plannings ;
  • la récupération ;
  • l’impact sur la vie familiale ;
  • les compensations prévues.

Le temps non travaillé entre deux interventions ne doit pas masquer une organisation qui mobilise en réalité le salarié sur une très grande partie de la journée.

Les changements de planning et rappels sur repos : des facteurs aggravants

Dans nos établissements et services, les horaires théoriques ne résument pas toujours la réalité du travail. Sous-effectifs, absentéisme, difficultés de recrutement et nécessité de continuité peuvent entraîner des modifications répétées de planning, des changements d’équipe, des rappels sur repos ou des demandes de remplacement à court terme.

L’Anses recommande précisément de renforcer la transparence, la prévisibilité et l’équilibre des horaires atypiques.

Pour la Fédération, la prévisibilité du planning constitue donc un véritable enjeu de prévention.

Les établissements devraient être en mesure de suivre les modifications tardives de planning, les rappels sur repos, les heures supplémentaires, les repos reportés et le nombre de professionnels exposés de manière répétée à ces contraintes.

Horaires atypiques et santé au travail : ne plus évaluer les risques séparément

L’un des apports majeurs de l’avis est l’approche dite « intégrative ».

Pour comprendre réellement les liens entre horaires atypiques et santé, l’Anses demande de prendre en compte les polyexpositions, les interactions avec la vie personnelle et le cumul des expositions tout au long de la carrière.

Elle recommande notamment de reconstituer les expositions passées et d’inscrire annuellement les expositions aux horaires atypiques dans le dossier médical professionnel.

Cette orientation est particulièrement pertinente dans nos secteurs d’activité. Les horaires atypiques s’ajoutent souvent à d’autres risques : manutention de personnes, TMS, charge émotionnelle, violences externes, risques biologiques, travail isolé, contraintes de rythme ou encore manque d’effectifs.

Les organisations horaires peuvent également interagir avec des risques environnementaux, notamment les fortes chaleurs. Retrouvez notre article « Fortes chaleurs : protéger les professionnels est une obligation, pas une option ».

Il serait donc artificiel d’évaluer chaque facteur séparément.

Horaires atypiques : les reconnaître comme facteurs de risques professionnels

C’est l’une des recommandations les plus importantes de l’avis.

L’Anses demande que les horaires atypiques soient intégrés comme des facteurs de risques professionnels à part entière dans l’évaluation et la prévention des risques.

Le comité d’experts propose même comme levier d’action leur introduction, dans le cadre du Plan Santé travail 2026-2030, parmi les facteurs de risques professionnels mentionnés à l’article L.4161-1 du Code du travail.

Cette perspective ouvre directement la question de la reconnaissance, de la traçabilité des expositions et des droits associés.

La référence au C2P – Compte professionnel de prévention figure également parmi les leviers envisagés.

Pour la CFTC, cette piste doit être sérieusement examinée.

Les professionnels exposés pendant des années à des organisations du travail reconnues comme défavorables à la santé ne peuvent rester sans véritable dispositif de reconnaissance.

Fonction publique hospitalière : pas de protection à plusieurs vitesses

La question est particulièrement sensible pour les agents publics.

La fonction publique hospitalière repose structurellement sur la continuité du service.

Pour autant, les dispositifs de compensation et de reconnaissance des risques ne sont pas identiques à ceux du secteur privé.

L’Anses indique pourtant que ses recommandations doivent concerner tous les travailleurs, quels que soient leur statut ou leur cadre juridique. Elle vise notamment les salariés, agents publics et indépendants.

Pour la CFTC, un même risque professionnel doit conduire à un même niveau de protection.

Il serait difficilement justifiable que des professionnels exposés aux mêmes contraintes — infirmiers, aides-soignants, éducateurs ou agents logistiques — bénéficient de niveaux de protection différents selon qu’ils exercent dans le secteur public, le privé non lucratif, le privé commercial ou en exercice libéral.

Privilégier la prévention et le repos plutôt que la seule compensation financière

L’Anses recommande de privilégier des compensations favorables à la santé.

Elle cite notamment :

  • le temps de travail réduit à salaire constant ;
  • le repos compensateur ;
  • les aides au transport ;
  • les solutions de garde d’enfants ;
  • les temps de récupération.

La Fédération partage pleinement cette orientation.

Une prime peut reconnaître une contrainte. Mais elle ne rend pas les heures de sommeil perdues.

Elle ne rétablit pas automatiquement la récupération et ne supprime ni le risque cardiovasculaire, ni la fatigue, ni les difficultés de conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle.

Les compensations financières doivent donc venir en complément d’une véritable prévention et non s’y substituer.

L’avis de la Fédération CFTC Santé Sociaux

Pour la Fédération CFTC Santé Sociaux, cet avis de l’Anses constitue une avancée importante.

Il confirme que les horaires atypiques sont un véritable sujet de santé au travail.

Dans nos secteurs, leur recours est souvent indispensable. La continuité des soins et de l’accompagnement ne peut évidemment pas s’interrompre à 19 heures ou le vendredi soir.

Mais cette nécessité ne doit jamais devenir un argument permettant de banaliser les risques.

Notre position est claire : lorsqu’une exposition ne peut pas être supprimée, elle doit être réduite, organisée, tracée et compensée de manière réellement protectrice pour la santé.

Le volontariat ne doit pas non plus être utilisé comme une justification suffisante. L’avis attire l’attention sur les risques liés aux motivations principalement financières et recommande un suivi paritaire.

Un professionnel peut choisir un poste de 12 heures ou accepter davantage de week-ends pour des raisons salariales ou familiales. Ce choix ne rend pas l’exposition sans conséquence.

Les recommandations portées par la CFTC

La CFTC souhaite que les conclusions de l’Anses débouchent sur des mesures opérationnelles.

  • Intégrer systématiquement les horaires atypiques dans les DUERP et les programmes de prévention.
  • Soumettre les organisations en 10 ou 12 heures à une évaluation spécifique et régulière portant notamment sur la santé, l’accidentologie, les absences, les restrictions médicales, les changements de planning et le turnover.
  • Assurer la traçabilité des horaires réellement effectués tout au long de la carrière.
  • Reconnaître pleinement les prises de poste très matinales, les horaires fractionnés et les amplitudes longues dans les démarches de prévention.
  • Privilégier les compensations en temps et les mesures favorisant la récupération.
  • Faire de la négociation collective et du dialogue social la règle avant toute mise en place ou modification importante d’une organisation en horaires atypiques.
  • Garantir aux agents publics un niveau de protection équivalent à celui des salariés du secteur privé.

Passer maintenant de l’avis à l’action

Quinze ans après la saisine engagée par la CFTC, l’avis de l’Anses apporte une base solide pour agir sur les horaires atypiques et la santé au travail.

Pour nos secteurs, le message est particulièrement clair : les horaires atypiques sont parfois indispensables, mais ils ne doivent jamais devenir invisibles.

Leur impact doit être évalué au même titre que les autres risques professionnels.

La Fédération CFTC Santé Sociaux portera désormais ce sujet dans les branches professionnelles, les établissements, la fonction publique hospitalière et les instances nationales de santé au travail.

Notre Fédération œuvrera pour faire en sorte que la continuité des soins et de l’accompagnement ne se construise pas au détriment de la santé de celles et ceux qui la rendent possible.
Frédéric FISCHBACH, Président fédéral

Pour aller plus loin

Consulter l’avis et les travaux de l’Anses sur les horaires atypiques :
Travailler en horaires atypiques : quels effets sur la santé et la vie sociale et familiale ?

Consulter les travaux de l’Anses sur le travail de nuit :
Le travail de nuit et les risques pour la santé

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