
Fortes chaleurs : protéger les professionnels est une obligation, pas une option
Santé au travail · PRÉVENTION · CONDITIONS DE TRAVAIL
Les épisodes de chaleur intense ne sont plus de simples parenthèses estivales. Dans les établissements de santé, les structures sociales et médico-sociales, l’aide à domicile ou les services techniques, la chaleur devient un risque professionnel à part entière. Elle fatigue, désorganise, expose et peut mettre en danger.
Chaque été, les mêmes scènes reviennent. Des chambres difficiles à rafraîchir, des couloirs où l’air ne circule plus, des véhicules surchauffés, des cuisines, lingeries ou locaux techniques où la température grimpe vite. À cela s’ajoutent les déplacements, les manutentions, les équipements parfois lourds à porter et la continuité indispensable des soins et de l’accompagnement.
Pour les professionnels de la santé, du social et du médico-social, la chaleur n’est pas seulement une gêne. Elle pèse sur les corps, sur la concentration, sur la qualité des gestes et sur la sécurité. Elle peut transformer une journée déjà dense en épreuve physique. Et lorsque les alertes ne sont pas entendues, elle peut conduire au malaise, à l’accident ou à l’urgence médicale.
« La chaleur n’est pas une fatalité. Elle devient dangereuse lorsque l’organisation du travail ne s’adapte pas à la réalité du terrain. »
Un risque qui ne concerne pas seulement le travail en extérieur
On associe spontanément les fortes chaleurs aux métiers exercés en extérieur. Les salariés qui interviennent à domicile, se déplacent entre plusieurs sites, travaillent en transport, en entretien extérieur ou sur des chantiers sont évidemment exposés. Mais le risque ne s’arrête pas à la porte des établissements.
À l’intérieur aussi, la chaleur peut s’installer durablement. Une chambre exposée plein sud, un bureau mal isolé, une salle de pause sans fraîcheur, une cuisine ou une buanderie peuvent devenir difficiles à supporter. Dans un EHPAD, un hôpital, une structure sociale ou médico-sociale, elle s’ajoute souvent à la charge physique, aux effectifs tendus, aux urgences du quotidien et à l’attention permanente portée aux personnes accompagnées.
L’INRS rappelle que la température de l’air ne suffit pas à évaluer le risque : l’humidité, le rayonnement, la circulation de l’air, l’intensité de l’activité, les vêtements portés et l’accès à l’eau ou aux pauses doivent aussi être pris en compte.
Quand la chaleur attaque la santé
Le corps humain cherche en permanence à maintenir sa température interne autour de 37 °C. Quand la chaleur augmente, il doit produire un effort supplémentaire : transpiration, accélération du rythme cardiaque, fatigue plus rapide. Ces mécanismes permettent de tenir un temps, mais ils ont des limites.
Lorsque l’exposition, à la chaleur, se prolonge, que les efforts physiques s’accumulent et/ou que les pauses sont insuffisantes, les premiers signes de détresses peuvent apparaître. Ils ne doivent jamais être banalisés, même lorsqu’ils semblent ordinaires en période estivale.
Les signaux d’alerte à repérer :
- fatigue inhabituelle ;
- maux de tête ;
- vertiges ou sensation de malaise ;
- crampes musculaires ;
- sueurs abondantes ;
- nausées ;
- soif intense ;
- confusion ou comportement inhabituel.
Ces symptômes peuvent annoncer une déshydratation, un épuisement lié à la chaleur ou, dans les cas les plus graves, un coup de chaleur. Ce dernier constitue une urgence médicale. Une personne confuse, très chaude, qui perd connaissance ou présente des troubles neurologiques doit être prise en charge immédiatement : il faut alerter les secours.
Prévenir, ce n’est pas demander aux salariés de “tenir bon”
Trop souvent, la prévention se limite à quelques rappels : boire de l’eau, fermer les volets, éviter le soleil. Ces gestes sont utiles, mais ils ne suffisent pas. La vraie prévention commence lorsque l’organisation du travail se transforme pour réduire l’exposition et permettre aux équipes de récupérer.
Cela suppose des mesures concrètes : accès permanent à de l’eau fraîche, pauses plus fréquentes, lieux de récupération réellement rafraîchis, adaptation des horaires de travail lorsque c’est possible, limitation des efforts physiques aux heures les plus chaudes, rotation des tâches, ventilation des locaux, protections contre le rayonnement solaire, information et sensibilisation des équipes.
Dans les services, ces mesures doivent être pensées avec celles et ceux qui connaissent le travail réel. Un protocole affiché dans un couloir ne protège personne s’il ne tient pas compte des effectifs, des urgences, des déplacements, des contraintes de soins, des tournées, de la durée du travail ou des locaux disponibles.
« Prévenir, ce n’est pas apprendre aux salariés à supporter la chaleur. C’est adapter le travail pour protéger leur santé. »
Une obligation pour les employeurs
L’employeur a l’obligation d’assurer la sécurité et de protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Depuis le décret du 27 mai 2025, les obligations de prévention liées aux épisodes de chaleur intense sont renforcées. L’employeur doit évaluer les risques d’exposition à la chaleur, en intérieur comme en extérieur, puis définir des mesures de prévention adaptées lorsque cette évaluation identifie un risque.
Cette évaluation doit être intégrée au document unique d’évaluation des risques professionnels. Elle ne peut pas rester théorique. Elle doit regarder le travail tel qu’il se fait : les locaux, les horaires, la charge physique, les équipements, les déplacements, les pauses, les personnes isolées, les salariés plus vulnérables et les situations où l’exposition se répète.
La réglementation prévoit également des modalités de signalement et de secours en cas d’indice physiologique préoccupant, de malaise ou de détresse. Pour la CFTC, ce point est essentiel : l’alerte doit être simple, connue de tous et suivie d’effets immédiats.
Que faire si l’employeur ne respecte pas ses obligations ?
Si aucune mesure n’est mise en place malgré des conditions de travail dangereuses, les salariés ne doivent pas rester isolés. Plusieurs démarches peuvent être engagées progressivement.
En présence d’un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, un salarié peut exercer son droit de retrait, à condition d’agir de bonne foi et d’alerter immédiatement l’employeur.
Le dialogue social comme levier de prévention
Face aux fortes chaleurs, le dialogue social ne doit pas être une formalité. Le CSE, la CSSCT/F3SCT lorsqu’elle existe, les représentants de proximité, les élus CFTC et les services de prévention et de santé au travail ont un rôle central à jouer. Ils peuvent faire remonter les situations dangereuses, demander des mesures correctives et suivre leur application dans la durée.
Une salle de pause surchauffée, une absence d’eau accessible, un planning qui ne tient pas compte des pics de chaleur, une impossibilité de prendre des pauses ou un équipement inadapté ne sont pas des détails. Ce sont des signaux d’organisation. Et ces signaux doivent être traités avant qu’un accident ne survienne.
Dans les métiers du soin, de l’accompagnement et du lien social, la qualité du travail dépend aussi de la protection de celles et ceux qui l’exercent. On ne peut pas demander aux professionnels de prendre soin des autres tout en laissant leur propre santé passer au second plan.
Frédéric FISCHBACH,
Président Fédéral
Sources utiles :
- INRS, Travail à la chaleur : ce qu’il faut retenir
- Ministère du Travail :
- Page Internet dédiée – Chaleur et canicule au travail
- Instruction interministérielle relative à la gestion sanitaire des vagues de chaleur en France métropolitaine
- Instruction ministérielle prise par le ministre du travail organise l’activité du système d’inspection du travail (SIT) et recense les ressources utiles à dispositions des entreprises pour prévenir les risques liés aux vagues de chaleur
- Légifrance, décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur






Syndicat CFTC Santé Sociaux
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