Agent signant un modèle de convention de rupture conventionnelle dans la fonction publique hospitalière ©Adaptation CFTC Santé Seciaux de © Richard Villalon - Adobe Stock

Rupture conventionnelle dans la fonction publique hospitalière : un dispositif pérennisé, mais une indemnité en baisse

Article mis à jour le

La rupture conventionnelle est désormais inscrite durablement dans le droit de la fonction publique. Depuis le 8 août 2026, de nouvelles règles encadrent sa mise en œuvre et réduisent sensiblement les montants minimal et maximal de l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle. Pour les agents hospitaliers qui envisagent une reconversion ou un départ vers le secteur privé, cette évolution impose de préparer soigneusement la négociation et d’en mesurer toutes les conséquences.

Une pérennisation en trois temps

La rupture conventionnelle a été expérimentée pour les fonctionnaires du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2025. Les contractuels de droit public recrutés en CDI bénéficiaient, pour leur part, d’un dispositif pérenne depuis 2020.

L’article 173 de la loi de finances pour 2026, entré en vigueur le 21 février 2026, a définitivement pérennisé le dispositif pour les fonctionnaires. Ses principes figurent désormais aux articles L. 552-1 à L. 552-5 du Code général de la fonction publique.

Deux décrets publiés le 7 août et applicables depuis le 8 août 2026 ont ensuite actualisé le cadre réglementaire :

Un arrêté du 6 août 2026 actualise également les modèles réglementaires de convention. Le texte ne les qualifie pas de formulaires CERFA.

Un accord négocié, jamais un droit automatique

La rupture conventionnelle repose obligatoirement sur un accord entre l’agent et son établissement. Elle peut être proposée par l’une ou l’autre des parties, mais ne peut être imposée ni par l’employeur ni par l’agent.

Elle ne constitue donc pas un droit au départ. L’établissement peut refuser la demande sans avoir à motiver sa décision. Toutefois, la circulaire de la DGAFP du 7 août 2026 rappelle qu’un entretien doit se tenir avant qu’un refus soit opposé à une demande régulièrement présentée.

Lorsque l’employeur est à l’origine de la démarche, il doit recueillir le consentement libre et éclairé de l’agent. La rupture conventionnelle ne peut notamment pas servir à contourner une procédure disciplinaire, un licenciement ou les garanties applicables en cas d’insuffisance professionnelle.

Quels agents hospitaliers sont concernés ?

Dans la fonction publique hospitalière, le dispositif est principalement ouvert :

  • aux fonctionnaires titulaires ;
  • aux agents contractuels de droit public en CDI ;
  • à certaines catégories de praticiens recrutés en CDI, selon les dispositions particulières du Code de la santé publique.

En sont notamment exclus les fonctionnaires stagiaires, les agents en CDD et les fonctionnaires détachés en qualité d’agents contractuels.

La rupture n’est pas non plus ouverte à l’agent qui a atteint l’âge d’ouverture de ses droits à la retraite et qui réunit la durée d’assurance nécessaire pour bénéficier d’une pension à taux plein. Pour un contractuel en CDI, elle ne peut intervenir pendant la période d’essai ni se substituer à une démission ou à un licenciement déjà engagé.

Les montants minimal et maximal diminuent depuis le 8 août 2026

L’indemnité spécifique de rupture conventionnelle, ou ISRC, reste négociée entre l’agent et son employeur. Son montant doit cependant respecter les limites fixées par le décret.

Le plafond est lui aussi divisé par deux. Il passe d’un douzième à un vingt-quatrième de la rémunération brute annuelle de référence par année d’ancienneté, dans la limite de 24 années révolues. Il correspond donc désormais à un demi-mois de rémunération par année prise en compte, contre un mois auparavant.

La rémunération servant au calcul n’est pas automatiquement le dernier salaire mensuel. Il s’agit de la rémunération brute effectivement perçue pendant l’année civile précédant la date d’effet de la rupture, après exclusion notamment :

  • des remboursements de frais ;
  • de certaines majorations liées à l’outre-mer ;
  • des indemnités de mobilité ou de restructuration ;
  • des indemnités d’enseignement ou de jury ;
  • des autres indemnités qui ne sont pas directement liées à l’emploi.

L’ancienneté retient les services effectifs accomplis dans les trois versants de la fonction publique. Les années travaillées dans le secteur privé ne sont pas comptabilisées et seules les années entièrement révolues sont prises en compte.

Cas pratique : le projet de reconversion de Sophie

Sophie, infirmière titulaire de 42 ans, souhaite quitter l’hôpital pour créer une activité de sophrologie. Elle justifie de 12 années révolues de services publics.

Supposons que sa rémunération brute annuelle de référence, après application des exclusions réglementaires, soit exactement de 33 600 €, soit une moyenne de 2 800 € par mois.

Son nouveau minimum réglementaire est calculé ainsi :

    • dix premières années : 10 × 1/6 × 2 800 € = 4 666,67 € ;
    • deux années suivantes : 2 × 1/5 × 2 800 € = 1 120 € ;
    • minimum total : 5 786,67 €.

Son plafond s’élève à :

33 600 € × 12/24 = 16 800 €.

Sous l’ancien barème, son minimum aurait été de 9 240 €. La baisse atteint donc 3 453,33 €.

Une indemnité négociée de 11 500 € resterait juridiquement possible puisqu’elle se situe entre le minimum et le maximum. Elle ne serait cependant pas garantie : l’établissement pourrait proposer le minimum, retenir un autre montant compris dans la fourchette ou refuser la rupture.

Estimer son indemnité avec le simulateur officiel

Le CISIRH propose une calculatrice permettant d’estimer les montants minimal et maximal de l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle selon la rémunération brute annuelle de référence et l’ancienneté acquise.

Accéder au simulateur officiel de l’ISRC

Le résultat est fourni à titre indicatif. Il ne garantit ni l’accord de l’établissement ni le montant finalement négocié. L’agent doit notamment vérifier les éléments inclus dans sa rémunération de référence et le nombre d’années de services entièrement révolues.

Une procédure encadrée par plusieurs délais

La procédure comprend les étapes suivantes :

Infographie présentant les sept étapes de la rupture conventionnelle dans la fonction publique hospitalière, de la demande écrite à la cessation des fonctions.

Rupture conventionnelle dans la FPH : les sept étapes de la procédure et les principaux délais à respecter.

Chômage, retraite et création d’activité : les vérifications indispensables

La rupture conventionnelle constitue un cas susceptible d’ouvrir droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi, sous réserve de remplir les conditions du régime d’assurance chômage. Le montant et la durée de l’ARE doivent faire l’objet d’une simulation avant toute signature. L’ISRC n’entre pas dans le salaire de référence utilisé pour calculer l’allocation.

Pour un fonctionnaire hospitalier, la radiation des cadres interrompt l’acquisition de nouveaux services auprès de la CNRACL. Les périodes de chômage indemnisé peuvent ouvrir des droits auprès de l’Assurance retraite du régime général, mais elles ne prolongent pas la carrière hospitalière. Une estimation individuelle est donc nécessaire, notamment pour les agents ayant exercé en catégorie active.

L’agent qui souhaite exercer une activité privée lucrative dans les trois années suivant son départ doit également solliciter au préalable l’autorisation de son ancien employeur. Ce point est particulièrement important en cas de création d’entreprise ou d’exercice libéral.

Enfin, il convient de régler avant le départ le sort des congés, RTT, repos compensateurs et jours inscrits sur un compte épargne-temps, et de vérifier les limites fiscales et sociales applicables à l’indemnité.

Un retour dans la FPH peut imposer le remboursement de l’indemnité

Le remboursement ne concerne plus seulement un retour dans l’établissement quitté.

Le fonctionnaire ou le contractuel en CDI qui est recruté comme agent public hospitalier dans les six années suivant la rupture doit rembourser l’ISRC à l’établissement avec lequel la convention a été conclue. Le remboursement doit intervenir dans les deux années suivant le nouveau recrutement, y compris lorsque celui-ci a lieu dans un autre établissement de la FPH.

Une attestation sur l’honneur relative à la perception antérieure d’une indemnité doit désormais être remise avant tout nouveau recrutement. Certains praticiens en CDI relèvent toutefois de dispositions spécifiques, avec une obligation de remboursement limitée au réemploi dans leur établissement d’origine.

L’accompagnement syndical est une garantie concrète

La pérennisation de la rupture conventionnelle offre une possibilité durable aux agents qui souhaitent engager une reconversion. La forte baisse du minimum garanti et la division par deux du plafond réduisent néanmoins le capital susceptible de sécuriser leur transition professionnelle.

La situation budgétaire de l’établissement, ses besoins de recrutement, le coût de remplacement et la solidité du projet professionnel peuvent peser dans la décision. Aucun de ces éléments ne crée toutefois un droit automatique à l’accord ou à une indemnité supérieure au minimum.

Les représentants de la Fédération CFTC Santé Sociaux peuvent accompagner l’agent pour reconstituer sa rémunération de référence, vérifier son ancienneté, préparer les entretiens et mesurer les conséquences de la convention sur ses revenus, sa retraite et son projet professionnel. Cet accompagnement doit idéalement commencer avant l’envoi de la demande.

 

Source :
Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 173 • Articles L. 552-1 à L. 552-5 du Code général de la fonction publique • Décret n° 2026-745 du 6 août 2026 relatif à la procédure • Décret n° 2026-746 du 6 août 2026 relatif à l’indemnité • Arrêté du 6 août 2026 fixant les modèles de convention • Circulaire DGAFP du 7 août 2026

Ce qu'en pense la CFTC

Une rupture doit rester choisie, négociée et sécurisée

La Fédération CFTC Santé Sociaux reconnaît que la rupture conventionnelle peut répondre à certains projets de reconversion ou de mobilité. Elle ne doit cependant jamais devenir un outil de gestion des effectifs, ni servir à pousser vers la sortie des agents confrontés à l’usure professionnelle, à des difficultés de santé ou à une dégradation de leurs conditions de travail.

La diminution des montants minimal et maximal de l’ISRC réduit la protection financière des agents au moment où ils doivent sécuriser leur transition professionnelle. Pour la CFTC, le minimum réglementaire ne doit pas devenir le montant proposé automatiquement par les établissements. Chaque situation doit faire l’objet d’une négociation réelle tenant compte de l’ancienneté, du parcours professionnel, des conséquences sur la retraite et de la solidité du projet de départ.

La Fédération appelle également les employeurs hospitaliers à garantir un consentement libre et éclairé, des critères transparents et un traitement équitable des demandes. L’assistance syndicale constitue, à ce titre, une protection essentielle. Avant toute signature, la CFTC recommande aux agents de faire vérifier le calcul de leur indemnité, leurs droits au chômage, les conséquences sur leur retraite et l’obligation éventuelle de remboursement en cas de retour dans la fonction publique hospitalière.

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Le Pôle Public est l’un des trois pôles de la Fédération CFTC Santé Sociaux, aux côtés du Pôle Privé et du Pôle Médico-Social et aide aux familles, qui couvre les secteurs public et privé.

Il porte la voix des agents de la fonction publique hospitalière et accompagne les militants engagés dans les établissements « publics de santé ». Conditions de travail, effectifs, carrières, santé au travail, rémunération, dialogue social, droits statutaires : le Pôle Public suit les sujets qui touchent directement le quotidien des agents et des équipes.

Ce pôle est composé de militants élus par leurs pairs, ainsi que de militants issus des sections locales. Cette organisation permet de faire remonter les réalités du terrain et de construire des positions au plus près de ce que vivent les agents dans les établissements.

Les militants du Pôle  Public se réunissent régulièrement au sein de la commission Secteur Public. Ces temps d’échange permettent de partager les situations rencontrées, d’analyser les évolutions réglementaires, de préparer les revendications et de coordonner l’action syndicale.

Pour la Fédération CFTC Santé Sociaux, le Pôle Sanitaire Public est un espace d’écoute, d’expertise et d’action. Sa mission est de soutenir les représentants, d’éclairer les adhérents et de défendre, avec sérieux et humanité, celles et ceux qui font vivre le service public hospitalier au quotidien.

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