© C Davids/peopleimages.com - stock.adobe.comPST5 : maintenant, il faut passer des intentions à la prévention réelle
Le PST5 santé au travail trace la feuille de route nationale pour 2026-2030. Accidents graves, santé mentale, santé des femmes, changement climatique, usure professionnelle : les sujets sont bien là. Pour la CFTC, reste toutefois une question essentielle : aura-t-on réellement les moyens de passer des intentions aux actes ?
Dans la santé, le social et le médico-social, ces risques sont déjà bien connus des professionnels. Ils les vivent au quotidien. Ce que l’on attend maintenant du PST5, c’est qu’il contribue réellement à améliorer leurs conditions de travail.
Le Plan Santé au travail 2026-2030 est consultable sur le site du ministère du Travail .
Les difficultés sont connues depuis longtemps.
Manutentions répétées, postures contraignantes, travail de nuit, horaires décalés, violences, charge émotionnelle, manque d’effectifs ou difficultés de remplacement : dans nos secteurs, les facteurs de risque sont nombreux. À cela s’ajoutent désormais des locaux parfois mal adaptés aux épisodes de fortes chaleurs.
Et ces difficultés ne restent pas isolées les unes des autres. Elles finissent par se cumuler. Une équipe en tension, par exemple, peut subir davantage de charge physique, de pression psychologique et de fatigue. À terme, c’est aussi l’usure professionnelle qui s’installe.
PST5 santé au travail : prévenir avant que la santé ne se dégrade
Le PST5 remet au premier plan la prévention primaire. C’est une orientation que nous partageons.
La santé au travail ne peut pas commencer lorsque le salarié est déjà blessé, épuisé ou en difficulté pour tenir son poste. Il faut agir avant.
Cela oblige à regarder le travail tel qu’il se fait vraiment : les moyens disponibles, les locaux, les rythmes, l’organisation, mais aussi la marge de manœuvre laissée aux professionnels.
Prenons les troubles musculosquelettiques. Former aux gestes et postures est utile. Mais si le matériel manque, si les locaux sont inadaptés ou si l’organisation ne laisse pas le temps d’utiliser correctement les équipements, on ne règle qu’une petite partie du problème.
Le raisonnement vaut aussi pour les risques psychosociaux.
Un numéro d’écoute ou une formation au secourisme en santé mentale peuvent avoir leur utilité. Mais ils ne remplaceront pas un travail sur la charge, les effectifs, les horaires, les violences, l’organisation ou la perte de sens.
Prévenir, c’est d’abord agir sur ce qui, dans le travail, crée le risque.
Santé des femmes : mieux regarder la réalité du travail
Le PST5 donne également davantage de place à la santé des femmes au travail. Dans nos champs professionnels, ce sujet est loin d’être secondaire.
Les métiers du soin, de l’accompagnement, de l’aide à domicile et de la petite enfance restent très féminisés. Or certaines expositions professionnelles ont longtemps été mal repérées ou insuffisamment prises en compte.
Mieux distinguer les expositions des femmes et des hommes peut donc permettre de mieux prévenir. Encore faut-il que cette connaissance débouche sur des changements concrets.
Cela concerne les équipements de protection, les contraintes physiques, l’organisation du travail, la santé reproductive, mais aussi la prévention des violences sexistes et sexuelles.
Faire de nouveaux constats sans changer les situations de travail ne suffira pas.
Fortes chaleurs : un risque qui concerne aussi nos secteurs
Le changement climatique entre désormais pleinement dans les politiques de santé au travail. Les épisodes de chaleur de ces dernières années montrent que le sujet ne peut plus être traité comme exceptionnel.
Dans nos secteurs, les situations sont nombreuses : établissements anciens, chambres ou locaux difficiles à rafraîchir, interventions à domicile, déplacements, véhicules exposés au soleil, accompagnement de patients et de personnes fragiles.
La chaleur au travail n’est donc pas seulement une question de métiers exercés en extérieur.
Elle doit être anticipée dans la conception des bâtiments, les équipements et l’organisation du travail. Attendre l’arrivée d’une canicule pour improviser quelques mesures ne peut plus tenir lieu de politique de prévention.
Le risque climatique doit désormais faire partie de la prévention courante.
Le DUERP doit servir à agir
Le PST5 remet aussi l’accent sur le Document unique d’évaluation des risques professionnels. C’est nécessaire, mais le sujet n’est pas simplement de remplir correctement un document.
Un risque identifié dans le DUERP reste un risque tant qu’aucune action n’est engagée.
L’évaluation doit donc déboucher sur de la prévention.
Lorsque des manutentions dangereuses sont identifiées, il faut regarder le matériel, les locaux et l’organisation. Quand les violences augmentent, il faut comprendre dans quelles situations elles surviennent. Et lorsqu’une équipe alerte durablement sur sa charge de travail, la réponse ne peut pas se limiter à constater cette surcharge.
Ce qui compte, ce n’est pas seulement d’avoir identifié le risque. C’est ce que l’on fait ensuite pour le réduire.
Prévenir l’usure avant d’arriver à l’inaptitude
Le PST5 accorde une place importante au maintien dans l’emploi et à la prévention de la désinsertion professionnelle. C’est un enjeu particulièrement fort dans nos métiers.
On intervient encore trop souvent lorsque le professionnel ne peut déjà plus exercer normalement son activité ou lorsque son état de santé s’est fortement dégradé.
Quand on arrive à l’inaptitude, une partie du chemin a déjà été faite.
Il faut pouvoir agir plus tôt : adapter un poste, prévenir les TMS, modifier une organisation devenue trop contraignante, mais aussi offrir de véritables possibilités d’évolution professionnelle.
La prévention de l’usure doit accompagner les professionnels tout au long de leur parcours.
Pour beaucoup de salariés du soin et de l’accompagnement, la question est très concrète : dans quelles conditions pourront-ils encore exercer leur métier dans dix, quinze ou vingt ans ?
Les priorités sont là, mais la question des moyens reste entière
Sur les grandes orientations, la CFTC retrouve dans le PST5 santé au travail plusieurs priorités qu’elle défend : prévention primaire, accidents graves et mortels, santé mentale, santé des femmes ou encore risques liés au changement climatique.
Cela ne signifie pas pour autant donner un blanc-seing au plan.
La CFTC a notamment regretté que les partenaires sociaux aient été associés tardivement à sa construction, alors qu’une partie des orientations était déjà largement préparée.
Un plan de cette nature doit aussi partir davantage de ce que vivent les salariés, de ce que remontent leurs représentants et du bilan concret des politiques déjà engagées.
Surtout, il reste la question des moyens. Une feuille de route peut fixer des priorités ; elle ne donne pas automatiquement aux acteurs de terrain les ressources pour les appliquer.
Services de prévention et de santé au travail, organismes de prévention, inspection du travail, représentants des salariés : la prévention a besoin de professionnels, de temps et de moyens pour fonctionner.
Pour la CFTC, cet investissement doit aussi être regardé pour ce qu’il permet d’éviter : un accident, une maladie professionnelle, une rupture de parcours ou une sortie prématurée de l’emploi ont eux aussi un coût, d’abord humain, mais également social et économique.
La Confédération CFTC a d’ailleurs consacré une analyse au PST5 et à la question de ses moyens : « Plan Santé au travail : des objectifs solides, des moyens peu tangibles » .
C’est sur le terrain que le PST5 fera ses preuves
Un plan national donne une direction. Il ne change pas, à lui seul, une journée de travail.
Les professionnels, eux, travaillent dans un service, un établissement, une association, chez un patient ou au domicile d’une personne accompagnée. C’est à cet endroit que les ambitions du PST5 devront devenir visibles.
Les employeurs devront passer du diagnostic à l’action. Les services de prévention devront pouvoir accompagner les équipes. Les représentants du personnel devront pouvoir suivre ce qui est engagé et vérifier les résultats.
Pour la Fédération CFTC Santé Sociaux, le sujet est finalement assez simple : la prévention doit se voir dans le travail quotidien.
Il serait difficile d’accepter que les discours sur la prévention continuent de progresser pendant que les professionnels restent exposés aux mêmes difficultés.
Le PST5 Santé Travail fixe le cap jusqu’en 2030. Son bilan ne devra pas seulement compter les actions engagées, les guides publiés ou les indicateurs renseignés.
La vraie question sera beaucoup plus concrète : les professionnels seront-ils mieux protégés et moins usés par leur travail en 2030 qu’ils ne le sont aujourd’hui ?
C’est à cette aune que le PST5 et ses déclinaisons régionale (PRST) devront être évalué.






Fédération CFTC Santé Sociaux
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