
L’impact de la réforme infirmière en établissement : l’autonomie sans les moyens ?
Reconnaissance historique ou charge supplémentaire masquée ?
Une reconnaissance inédite du rôle infirmier en établissement a été inscrite dans la loi. Mais sans adaptation des organisations ni renfort des effectifs, cette avancée pourrait se transformer en charge supplémentaire. La Fédération CFTC Santé Sociaux s’inquiète d’une réforme déséquilibrée.
Une autonomie reconnue… mais dans quelles conditions ?
Depuis le 27 juin 2025, la loi reconnaît enfin ce que les soignants en établissement vivent au quotidien : le diagnostic infirmier, la consultation, l’organisation des soins, l’évaluation clinique et la prise de décision relevant du rôle propre deviennent des compétences légalement affirmées. Le décret du 24 décembre 2025 vient concrétiser cette évolution tant attendue. Il s’agit là d’une première historique dans la reconnaissance juridique de l’autonomie infirmière.
Sur le terrain pourtant, cette autonomie n’a rien de nouveau. Depuis des années, les infirmiers exercent leurs responsabilités dans des contextes souvent contraints, avec un sens aigu du discernement clinique et de l’engagement professionnel. La loi n’invente pas cette réalité : elle la rend visible et lui donne un cadre juridique. Et c’est précisément à ce moment-là que surgissent les premières inquiétudes.
Quand l’avancée devient un risque
Une reconnaissance sans les moyens d’en assumer les conséquences peut rapidement se transformer en piège. La loi élargit les responsabilités, mais si les effectifs ne suivent pas, si aucun temps dédié n’est dégagé, si la formation n’est pas organisée, alors cette autonomie devient une pression supplémentaire.
À responsabilités accrues doivent correspondre des conditions de travail adaptées. À défaut, la réforme risque de se traduire par une forme de désengagement institutionnel : transférer des missions aux infirmiers sans leur donner les leviers nécessaires pour les exercer dans de bonnes conditions.
Un nouveau devoir pour les établissements et les ARS
En reconnaissant le rôle autonome de l’infirmier, la loi impose aussi une prise de conscience organisationnelle. Les directions d’établissements et les Agences régionales de santé ne peuvent plus ignorer la portée du travail infirmier.
Désormais, les décisions infirmières engagent la responsabilité du professionnel, mais aussi celle de l’établissement. Sécurité des soins, organisation du travail, traçabilité : tout devient obligation partagée. Ne pas adapter les pratiques, ne pas former, ne pas encadrer, c’est exposer les soignants… et fragiliser les structures elles-mêmes.
Prescription infirmière : attention à la dérive gestionnaire
Parmi les évolutions prévues, la prescription infirmière est l’une des plus sensibles. Attendue par certains, redoutée par d’autres, elle reste encore à définir précisément par arrêté. La Fédération CFTC Santé Sociaux est claire : cette nouvelle compétence ne doit en aucun cas devenir un palliatif aux pénuries médicales.
Pas de prescription sans formation solide. Pas de nouvelles missions sans reconnaissance. Pas d’élargissement des responsabilités sans sécurisation des conditions d’exercice. Cette ligne de vigilance guide la position de la Fédération.
Une réforme à double tranchant
Cette loi peut devenir un véritable levier de transformation. Mais mal appliquée, elle risque de fragiliser encore davantage un système déjà sous tension. La reconnaissance ne doit jamais masquer l’abandon. L’autonomie ne peut pas se décréter sans accompagnement humain, organisationnel et financier.
La CFTC restera attentive, mobilisée et présente aux côtés des professionnels pour que cette réforme reste fidèle à sa promesse initiale : mieux reconnaître les infirmiers, sans jamais les exposer davantage.






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