L’édito de Cyril Chabanier, président confédéral
23 Mars 2020

Les grands groupes de la grande distribution sont nombreux ce week-end à avoir communiqué leur intention de verser une prime à leurs salariés mobilisés sur leur lieu de travail habituel. Dans la foulée de ces annonces, le « sujet » s’oriente aujourd’hui sur la forme que doit prendre cette prime étant entendu que plusieurs options s’offrent aux décideurs : les uns plaident pour une exonération des cotisations sociales, la prime serait dans ce cas indirecte, les autres pour un recours aux dispositifs existants tels que la « prime Macron ». Sont à l’étude également des mesures, dérogatoires au droit du travail, visant à assouplir les modalités d’attribution des sommes versées au titre de l’intéressement.

Dans l’urgence de la situation, la CFTC ne peut que saluer ces annonces. Reconnaître, mesurer et rémunérer le risque encouru par les très nombreux travailleurs dont la nature de l’activité est telle que le télétravail est un « non-sens », c’est bien la moindre des choses ! je veux toutefois et sans polémiquer réfréner mon enthousiasme. La CFTC dit et redit que la santé des travailleurs n’a pas de prix ! Elle ne se préserve pas au moyen d’une prime, quelle qu’en soit la forme, mais en garantissant des conditions de travail qui permettent le respect des règles et gestes barrières auxquels les pouvoirs publics nous sensibilisent quotidiennement. La meilleure des reconnaissances due à ces travailleurs, c’est la meilleure organisation possible du travail !

Derrière ces annonces se dissimulent d’autres non-dits qui sont autant d’enjeux. Qui verse la prime et pour qui ? Quelles sont, en situation de crise, les activités essentielles au bon fonctionnement même « allégé » de notre pays ? Les options mises sur la table n’ont pas toutes le même payeur et tous les potentiels bénéficiaires ne sont pas logés à même enseigne selon le secteur d’activité, la taille ou la santé économique de leur entreprise. Cela nous pose individuellement et collectivement une question qui n’a pas fini de nous occuper dans les semaines et mois qui viennent : Comment repenser et reconfigurer nos mécanismes de solidarité dans de telles situations d’urgence ?

Cette question m’en inspire une autre pour le plus long terme. Certains redécouvrent aujourd’hui l’importance de secteurs d’activités sans lesquels il n’est tout simplement pas possible de vivre ensemble voire de vivre « tout court ». On pense d’abord et bien évidemment à l’alimentation et à la santé. Autour de ces secteurs gravitent aussi des activités, des métiers indispensables à la production. Il faut bien emballer, transporter, livrer les produits essentiels à notre bien-être.

Si la chaîne logistique est rompue, nos frigos, nos pharmacies se vident. Ces métiers ne sont pas les mieux rémunérés loin s’en faut ! Dans la chaîne de valeur économique, ils sont parfois et très injustement considérés à « faible valeur ajoutée ». Dans l’urgence et parce que l’angoisse monte, on redécouvre subitement leur très forte valeur sociale, sociétale ajoutée. Il était temps ! La CFTC, elle, n’a pas attendu la crise pour pointer du doigt cette injustice. En 2015 puis l’an dernier, à l’occasion de ses deux derniers congrès, elle rappelait l’urgence de reconnaître et mieux rémunérer toutes les activités à forte utilité sociale.

Quand les temps seront revenus à la normale, la CFTC demandera une remise à plat du modèle économique dominant. Ce modèle qui délie les bourses et libère les primes quand tout va mal mais qui rémunère si mal celles et ceux sur lesquels il repose pourtant quand tout va bien.

 

Lien vers l’article confédéral : https://www.cftc.fr/actualites/mieux-remunerer-demain-les-activites-a-forte-valeur-sociale-ajoutee